Romain SuJournaliste français correspondant en Pologne

Pologne

Vu de Pologne. Intervenir en Syrie ?

Tags: ,

Revue de la presse polonaise du 24 au 30 août 2013

L’attaque à l’arme chimique que le gouvernement de Bachar Al-Assad est soupçonné d’avoir perpétrée le 21 août dans la région de Damas a redonné de la vigueur à l’hypothèse d’une intervention militaire occidentale en Syrie. En effet, les pays qui s’étaient le plus engagés il y a deux ans en Libye – France, Royaume-Uni et États-Unis « par derrière » – s’étaient jusqu’ici efforcés de justifier le traitement différencié des deux dossiers par l’irréductible opposition de la Chine et de la Russie au Conseil de sécurité des Nations Unies, tout en fixant au régime syrien une « ligne rouge » à ne pas franchir : l’utilisation massive d’armes chimiques.

Or, cette ligne semble à l’évidence avoir été dépassée le 21 août avec une opération qui a coûté la vie à une centaine de personnes dans une guerre civille déjà cause, depuis le printemps 2011, de cent mille morts et de quatre millions de déplacés. Si les inspecteurs de l’ONU confirment la responsabilité du régime de Bachar Al-Assad dans ce « massacre chimique », il deviendra très difficile pour les puissances occidentales de rester passives sans perdre en crédibilité aux yeux de la communauté internationale.

Bien que la Pologne considère la Syrie avec beaucoup de distance, sa place au sein de l’Union européenne et de l’OTAN l’obligent à prendre position sur l’éventualité d’une intervention militaire. Une position clairement exprimée par le Premier ministre Donald Tusk mercredi à la Diète : « Je ne partage pas la conviction ou l’enthousiasme de ceux qui estiment qu’une telle intervention produira les effets ou les résultats espérés. […] Notre expérience de cette région du monde montre que les interventions militaires, même animées des intentions les plus nobles et les plus évidentes, produisent rarement le résultat recherché. »

Lire la suite

Poussières : une violente satire de la Pologne et des Polonais

Tags:

On savait les Polonais souvent animés, vis-à-vis de l’« Ouest », d’un complexe d’infériorité qui les conduit à adopter ou à imiter de façon plus ou moins réussie toutes les modes qui en sont originaires, des cafés Starbucks aux sushis, en passant par les gadgets marqués d’une pomme ou encore certaines séries télévisées de style fantasy. En face, un groupe que l’on pourrait qualifier de « conservateur », plus réduit mais pas moins caricatural, dénonce ces influences étrangères au nom de la défense du « Polak-katolik » qu’il conviendrait de protéger notamment de l’athéisme, du cosmopolitisme et d’autres moeurs décadentes en provenance de ce même « Ouest ».

Piotr Augustyn, le narrateur du dernier livre de Krzysztof Varga Trociny (littéralement « sciures », Varsovie, Czarne, 2012, non traduit en français), prend un tout autre point de départ pour démolir la Pologne contemporaire et ses habitants. Médiocre représentant de commerce varsovien, il ne connaît pas l’étranger et ne s’appuie donc pas sur une vision idéalisée des riches pays « occidentaux » pour critiquer les insuffisances de son propre pays. Dans le même temps, il ne se considère pas comme catholique et tourne en ridicule le goût de ses compatriotes pour un macabre héroïsme de pacotille qui se manifeste notamment lors des catatrophes routières ou aériennes. Les questions politiques sont d’ailleurs totalement absentes de la réflexion de Piotr Augustyn, preuve de sa non-appartenance au camp « conservateur ».

Lire la suite

Réjouissons-nous de la grande Europe !

Tags: ,

Samedi 11 mai, fin de matinée. Malgré la pluie, près de deux mille personnes se sont rassemblées sur la place du Château de Varsovie pour la parade Schuman, grande manifestation publique qui célèbre chaque année depuis 1999 la fête de l’Europe. Parmi les participants, certes beaucoup d’écoliers mais aussi des étudiants, des familles, des militants associatifs de tous âges venus habillés aux couleurs de l’écologie. On reconnaît ça et là quelques formations politiques et des slogans qui rappellent, s’il était nécessaire de le faire, que la crise économique n’est pas encore derrière nous.

Lire la suite

Could the extraction of shale gas constitute an energy independent Poland?

Tags: , , , ,

Essai en anglais lauréat du concours “Shale Gas Poland 2012: The Energy Independence Conference” organisé en mai 2012 par la Fondation Casimir Pułaski sur le thème “L’extraction du gaz de schiste peut-elle conduire à l’indépendance énergétique de la Pologne ?”.

Essay on the topic “Could the extraction of shale gas constitute an energy independent Poland?” awarded for the competition “Shale Gas Poland 2012: The Energy Independence Conference” organized in May 2012 by the Casimir Pułaski Fundation.

Although Poland is far from being the most vulnerable Member State of the European Union (EU) for energy supply – its import dependency rate, all fuels included, reached 31.7% in 2009 against 53.9% on average for the EU-27 –, she is characterized by a high sensitivity to the issue of supply security. History and politics matter here more than numbers: one may indeed have assumed that due to a higher import dependency rate for oil than for natural gas, the first would receive more attention. However, the rigidities of gas trade and, above all, Russia’s position as an irreplaceable key supplier have rather cast the light on the latter, especially after the first ‘gas crisis’ in 2006.

In this context, it is not surprising that the ‘shale gas revolution’ has had a particular echo in Poland after it was discovered in 2010 that the country may sit on enormous resources which would ensure decades, if not centuries, of self-sufficiency for gas consumption. Assessments were so optimistic that beyond energy independence, Poland could even dream of becoming a gas exporter like the United States may soon turn. Shale gas would in such a case not only be instrumental in achieving a strategic goal but would also allow Poland to raise huge revenues in order to accelerate economic modernisation and smooth the short-term, adverse effects of welfare state reforms.

Yet the chances for this scenario to occur are constrained by three ranges of factors. First, energy independence is illusory if it comes at too high a cost for businesses and households to afford it. Energy is a basic input which must always be considered as a means to deliver more directly useful goods and services: if it is excessively expensive, even when available in plenty, it stops to fulfill its main function. One should therefore look closely at the total cost of shale gas extraction and check whether it is competitive in regard with alternatives (I). Second, as mentioned above, natural gas is actually not the energy source for which Poland is most dependent on external supply. Taking in account that gas-exporting countries are often at the same time oil-rich, the political objective of energy independence could hardly be met if extreme vulnerability to oil disruption was to remain intact. It is in consequence necessary to inquire to which extent natural gas, if at all possible, can substitute other sources of energy and at what price (II). Third, Poland does not evolve in a bubble isolated from the rest of the world. EU membership in particular imposes on her certain priorities that she may not share to the same degree, e.g. fight against climate change. Nevertheless, Poland is bound by EU legislation and the growing role of shale gas in her energy mix may purely and simply be not compatible with EU environmental targets, especially CO2 emission caps (III).

Lire la suite

Le travail organique en Pologne : origines et manifestations

Tags:

Texte rédigé en avril 2010, republié le 6 janvier 2013 à l’occasion de l’année Hipolit Cegielski décrétée par le Conseil de la voïvodie de Grande-Pologne pour le deux centième anniversaire de sa naissance

À en juger par le faible nombre d’études menées sur le thème du travail organique et leur relative ancienneté, il semblerait que les historiens aient surtout retenu, de la typologie de Michał Bobrzyński des deux voies vers l’indépendance nationale, celle des insurrections armées. Si un tel penchant peut se comprendre du point de vue de la mémoire collective, plus sensible aux grands élans romantiques qu’à l’austère labeur des industriels, des commerçants et des professeurs, l’historiographie ne saurait justifier ses lacunes en utilisant de semblables arguments, d’autant que le travail organique a joué un rôle déterminant mais largement occulté dans la renaissance de l’État polonais en 1918.

Dans une perspective plus contemporaine, alors que l’Europe ne cesse d’être hantée par l’idée de son propre déclin, il est possible de puiser dans le travail organique de l’inspiration pour redonner à chacun la place qu’il mérite dans la société et retrouver le sens d’un « bien commun » aujourd’hui pris en tenaille entre, d’une part, un individualisme égoïste et, de l’autre, un étatisme déresponsabilisant. Certes, nous ne sommes pas encore directement menacés d’extinction culturelle, quoi qu’en disent certains journalistes provocateurs. On ne peut cependant qu’être frappé par le contraste qui sépare le dynamisme des pays émergents et la certaine lenteur, pour ne pas dire langueur, qui paralyse le Vieux Continent. Où est donc passé l’esprit pionnier des entrepreneurs européens du XIXe siècle, travaillant à la fois pour leur profit personnel mais aussi pour la diffusion du progrès technique et social ?

Le présent mémoire n’a pas pour ambition de synthétiser l’ensemble des publications existantes sur le travail organique, ni de défricher des champs laissés encore aujourd’hui intacts par les historiens. S’adressant à un public francophone et non spécialiste, il se contente de dépeindre le portrait du phénomène au travers de quelques grandes figures et organisations sans omettre de rappeler en toile de fond le contexte historique dans lequel il a vu le jour. Il suscitera peut-être ainsi l’intérêt de personnes qui voudront eux aussi plus tard poursuivre ce véritable travail de Sisyphe qu’est la recherche scientifique.

Lire la suite